Retour sur l’Avant-Première du film « First Man » à la Cité de l’Espace.


 

Le 12 octobre 2018, j’ai été invitée à la Cité de l’Espace à Toulouse qui organisait l’avant-première du film Américain « First Man » (avec Ryan Gosling et Claire Foy) de Damien Chazelle en partenariat avec Universal Pictures et le CNES, qui retrace la vie de l’astronaute Neil Armstrong d’après la biographie officielle écrite par James R. Hansen, du même titre (First Man – Le premier homme sur la Lune). La séance fut prolongée par un débat avec des spécialistes des vols habités et de l’homme dans l’espace pour mieux comprendre la réalité des astronautes d’hier et aujourd’hui avec Jean François Clervoy, astronaute ESA (missions STS-66/84/103), Claire Edery-Guirado, Responsable Service Education Jeunesse au CNES, Remi Canton, ingénieur au CADMOS, Sylvestre Maurice, Astrophysicien de l’IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie) et Serge Gracieux, chargé d’études muséologiques et du patrimoine à la Cité de l’Espace.

 

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Les invités lors du débat après la séance.

 

Je vais essayer de vous parler du film sans trop spoiler (de toute façon vous connaissez la fin héhé). En tout cas, si vous êtes passionnés d’espace, ou juste curieux, je vous conseille vraiment d’aller voir ce film (en Imax ou en Dolby si vous pouvez c’est encore mieux). Ce film retrace la vie de Neil Armstrong depuis sa sélection pour la mission Gemini 8 jusqu’à son retour d’Apollo 11. Ne vous attendez pas à une version édulcorée de la réalité, le film retranscrit la dure vérité de la sélection d’astronautes de la NASA dans les années 60 mais également tous les sacrifices qui sont liés à cette vie particulière. Ryan Gosling joue un Neil Armstrong assez fataliste et dépressif, voué au succès de ses missions. On y découvre un personnage confronté à la perte successive de ses proches due à la maladie ou aux fautes de missions. On y découvre également une bonne partie du point de vue de Janet Armstrong, sa femme, jouée par Claire Foy, qui vit au jour le jour en priant pour que son mari revienne vivant à la maison. Cette précision est très importante, car le grand public ne savait pas comment les familles d’astronautes vivaient cette situation pendant leur entraînement souvent dangereux et fatal pour certains, surtout avec le peu de communication que fournissait la NASA aux familles. Le gros point positif de ce film est une meilleure compréhension du quotidien de ces hommes hors du commun, prêts à se sacrifier pour le bien de cette mission, mais également le ressenti de la moindre émotion également ressentie par les personnages. Chaque spectateur vit chaque moment critique comme les protagonistes. J’ai vraiment trouvé ce détail très impressionnant, cela ajoute énormément de cachet aux scènes à l’intérieur des différents vaisseaux spatiaux.

 

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Les seuls points négatifs seraient d’après moi le côté beaucoup trop noir du film, malgré la dure réalité de la vie d’astronaute et ses conditions particulières, on y voit un Neil Armstrong vraiment triste à la limite dépressif, un Buzz Aldrin égoïste et méchant, certaines incrustations de la Saturn V et les secousses exagérées du point de vue intérieur du module de commande la Saturn. Malgré ces petits défauts, le film reste en lui-même grandiose et retrace vraiment bien ce qu’était la mission Apollo 11. Si vous n’êtes pas encore allés le voir, foncez-y avant qu’il ne soit plus disponible à l’affiche, car oui c’est un film qui est fait pour être vu au cinéma et non pas derrière un écran de télévision (a moins que vous ayez un écran 4K et un son Dolby bien sûr …). Globalement j’ai vraiment apprécié ce film.

 

Interview avec Jean François Clervoy, astronaute de l’ESA et président de Novespace.

 

 

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Après la séance et le débat, j’ai pu poser quelques questions à Jean François Clervoy (Missions de Navettes Spatiales STS-66/84/103) à propos du film, de la vie d’astronaute et du futur du vol habité :

HWHAP (Houston We Have a Problem) : Qu’avez-vous pensé du film ? Avez-vous retrouvé cette part de réalité par rapport au voyage spatial comparé à vos missions passées dans l’espace ?

JFC (Jean François Clervoy) : Je sais que les missions Apollo sont d’une époque et que les missions navettes spatiales sont d’une autre, mais qui a bénéficié des missions Apollo, j’ai reconnu des endroits où j’ai travaillé, il y a des scènes du film qui ont été tournées sur des sites réels de la NASA.

L’endroit où l’équipage est habillé et avant d’aller vers la fusée, c’est l’endroit où l’on m’a équipé de scaphandre avant mon transport vers la navette spatiale donc c’est touchant car je reconnais des sites mythiques et par ailleurs connaissant l’histoire d’Apollo, j’ai beaucoup aimé parce qu’il est fidèle à la réalité, il reflète les faits historiques, il reflète bien la personnalité de Neil Armstrong. Il n’est pas parfait mais il est très professionnel et très compétent. C’est à la fois un pilote et un ingénieur qui comprenait très bien les problèmes techniques derrière la réalité du fonctionnement de ces vaisseaux. Un sang-froid remarquable, à plusieurs reprises il a pris les bonnes décisions, au bon moment, sans lesquelles à la seconde près il aurait pu mourir, donc c’est un bon « biopic » comme on dit.

Mais il faut comprendre aussi que c’est focalisé sur Neil Armstrong, parce que tous les faits important concernant la mission Apollo, ne sont pas dans le film et c’est normal car c’est un film sur sa vie. Mais j’ai beaucoup aimé ce film. Juste un point sur l’aspect sensoriel, sensibiliser le spectateur qui n’y connait rien au fait que ce n’est pas anodin de monter dans une fusée, de voler dans l’espace est une bonne chose mais à chaque fois qu’on voit Neil Armstrong (dans le film) dans un vaisseau que ce soit dans le X-15, Gemini, Saturn ou même dans le LEM, quand on est à l’intérieur avec lui, on voit que ça secoue beaucoup et que c’est très bruyant et bien ce n’est pas du tout à ce point-là. Mais cela permet de montrer au spectateur que c’est quand même un milieu viril et que ce n’est pas un métier évident.

HWHAP : A votre avis, est ce que les missions Apollo ont contribué au développement et au succès des missions des navettes spatiales ?

JFC : Les missions Apollo ont complètement contribué au succès et au développement des missions navettes spatiales. Quand je me suis entrainé, on nous a expliqué pourquoi on faisait ce choix-là suite à ce qu’on a appris avec le programme Apollo qui lui, a appris du programme Gemini. Car j’ai vraiment senti qu’au niveau de l’organisation de l’entrainement, des procédures, de la façon de s’organiser à bord, on bénéficiait directement des leçons apprises du programme Apollo. Il y a eu vraiment une transmission de savoirs et de savoir-faire et de savoir-faire faire qui sont trois choses différentes, de chaque programme au suivant.

HWHAP : Pensez-vous que la Lune est une étape importante avant la mise en place de missions vers Mars ?

JFC : Oui je pense que la Lune est une étape importante, les spécialistes de The Mars Society pensent qu’il faudrait y aller directement. Mais je pense que c’est raisonnable de se dire qu’avant d’aller sur Mars, où la possibilité de retour est impossible, où il n’y a pas de communication ni de vision directe avec la Terre, ce serait bien d’apprendre, autour ou sur un objet céleste proche accessible, ce que c’est de mettre en œuvre une base sur un autre corps céleste, ce que c’est de le ravitailler, d’extirper sur place l’oxygène et l’eau, apprendre le recyclage, de faire les transitions entre l’orbite basse et la surface. Donc la Lune, indépendamment de ce qui a d’intéressant à faire sur le plan scientifique, je la vois comme un très bon banc d’essai : de prise en main, d’apprentissage de ce que c’est d’apprendre à travailler sur un autre corps céleste qui n’est plus dans l’environnement Terrestre proche, on est plus protégés par le champ magnétique donc l’environnement est le même que l’environnement interplanétaire du voyage et après quasiment sur Mars, après sur Mars il y a une atmosphère mais sur le plan astronautique, dans le vol habité c’est quasiment le vide donc on peut dire que c’est la même chose. C’est un des défauts du film Seul Sur Mars d’ailleurs, sur le plan du réalisme mais qui est nécessaire pour l’histoire, c’est qu’il y a une tempête qui souffle l’astronaute au loin, dans la réalité c’est impossible. Et quand il se balade on voit qu’il est en scaphandre étanche donc on comprend que l’atmosphère n’est pas respirable, qu’il n’y a pas d’oxygène, mais il n’est pas gonflé, on voit qu’il peut bouger assez librement alors qu’en réalité ce serait comme un scaphandre lunaire, avec des mouvements limités.

HWHAP : Que pensez-vous du concept de base lunaire de l’ESA ?

JFC : Alors le concept de Moon Village de l’ESA est un open concept fait pour attirer tous ceux qui ont envie d’y contribuer et l’idée est de réfléchir comment petit à petit, on pourrait construire une infrastructure qui pourrait satisfaire toute sorte de clients potentiels : scientifiques, techniques, technologiques, commerciales, donc c’est très ouvert. Mais aujourd’hui il n’y a pas de projet décidé avec un budget mais je pense que c’est intéressant parce que ça déclenche les réflexions des partenaires potentiels avec qui plus tard travailleront ensemble. Claudie Haigneré est d’ailleurs responsable de cet open concept, elle est responsable de coordonner les travaux et les interventions sur ce concept. La NASA en fait également partie.

HWHAP : Comment voyez-vous le futur de la commercialisation de l’espace et du tourisme spatial ?

JFC : La commercialisation de l’espace c’est quelque chose que beaucoup d’agences souhaitent  pour ne pas avoir à consacrer autant d’argent public dans les programmes mais il faut trouver des sociétés privées prêtes à investir en les convaincant que rapidement en quelques années ils auront un retour sur investissement et ce n’est pas évident aujourd’hui.

Le tourisme spatial, il y a plusieurs niveaux : l’idée c’est de faire vivre l’expérience d’astronaute, du vol spatial , à des non-professionnels donc il y a la version très haute gamme, c’est faire le tour de la Lune comme l’a annoncé Elon Musk pour un client Japonais (avec la Big Falcon Rocket de Space X) dans quelques années, la version « Deluxe » c’est à 20-30 millions de dollars la semaine dans l’ISS, comme 7 personne l’ont déjà fait dont 1 qui se l’ai payé deux fois, la version 100 fois moins énergétique, donc 100 fois moins chère, à 200/300 000 dollars, c’est le vol suborbital qui vous met dans l’espace quelques minutes mais vous redescendez tout de suite parce qu’il n’y a pas de vitesse, la version « low-cost » c’est la nôtre à Novespace à 5000 euros HT par siège pour vivre la même durée d’apesanteur que le vol suborbital de 4 minutes mais en plus on peut vous mettre en gravité lunaire ou martienne dans l’avion, on fait quelques vols par an, maximum 10 vols par an. L’idée c’est que les vols permettent aux pilotes de garder la main, ça nous crée une communauté d’ambassadeurs parce qu’après ils en parlent autour d’eux et puis surtout c’est tous que les bénéfices de ces vols sont totalement reversés aux vols scientifiques, on ne verse pas de dividende sur les bénéfices qui sont à peu près 1 tiers du prix. En tout près de 70000 euros sont reversés à l’Agence Spatiale Européenne, au CNES pour permettre aux scientifiques de tester leurs expériences en apesanteur.

Fin.

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Photo (floue sorry) de l’interview !

 

Ce film est sorti en prévision du 50ème anniversaire de la mission Apollo 11 et du premier pas de l’homme sur la Lune en 2019. Ne manquez pas dès le 20 Avril 2019, la nouvelle exposition inédite « Lune : Episode II » à la Cité de l’Espace à Toulouse, qui vous fera revivre l’exploit de la mission Apollo 11 à travers des rétrospectives et des expériences surprenantes ! Le but de cette exposition sera également de sensibiliser le grand public à cet astre si particulier qu’est la Lune. En attendant cette nouvelle exposition, vous pouvez toujours y aller et tester le Moon Runner qui vous fera passer pendant quelques instants, pour un astronaute des missions Apollo, en reproduisant la marche en gravité Lunaire (je l’ai fait et c’est vraiment très chouette !).  Le 20 Juillet 2019, une soirée spéciale 50ème anniversaire « Moon Party » se déroulera également à la Cité de l’Espace histoire de vous faire revivre ce moment historique que fut le premier pas de l’homme sur la Lune, avec des animations toute la journée, et une chronologie des étapes qui ont amenés Neil Armstrong et Buzz Aldrin à devenir les premiers « Moon Walkers ».

 

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L’équipage de la mission Apollo 11: (de Gauche à Droite) Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin.

 

Je remercie chaleureusement Jean François Clervoy de m’avoir accordé un peu de son temps pour cette petite interview. Je remercie également Florence Seroussi de la Cité de l’Espace à Toulouse de m’avoir permis de faire cette interview et de m’avoir invitée à cet évènement.

(Je précise que cet article n’est pas en partenariat ni sponsorisé par la Cité de l’Espace 😉 ).

Credits photo: Image de Une: Universal Pictures.

NASA, HoustonWeHaveAProblem.


 

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