Histoire de Lanceurs: Ariane (Partie 1)

 


 

Le 26 septembre 2018 à 00 :38 (heure de Paris) depuis le centre spatial Guyanais à Kourou, s’est envolée la 100ème Ariane 5 lors du vol #VA243 avec à son bord les satellites Horizons 3e et Azerspace-2/Intelsat 38. Mise en service en novembre 1987 par Arianespace et l’ESA, et succédant à l’Ariane 4, la fusée Ariane 5 a été conçue pour augmenter la capacité de lancement en orbite de transfert géostationnaire de 60% par vol. L’Ariane 5 est considérée comme un des lanceurs les plus fiables : en effet sur 102 lancements, seulement 5 dont 3 partiels ont été des échecs. C’est également le seul lanceur européen en service à ce jour. Son premier vol fut effectué le 4 Juin 1996.

Mais avant de nous concentrer sur l’Ariane 5, intéressons-nous sur l’histoire des lanceurs qui ont mené à la conception et au développement de la fusée Ariane, telle qu’on la connaît aujourd’hui.

L’origine des lanceurs Ariane date des années 1970, après que la Grande Bretagne se retire du projet Blue Streak, le premier lanceur satellitaire européen en 1968. C’est en 1970 que l’idée d’un lanceur indépendant de la Grande Bretagne fut étudiée avec en soutiens principaux : la France, l’Allemagne et la Belgique, c’est le début du projet Europa et la création du Centre Européen pour la Construction d’Engins Spatiaux ou CECLES (ELDO en Anglais).  Ce projet de lanceur fut établi pour le lancement de satellites commerciaux en orbite géostationnaire pour un futur marché en expansion.

 

Blue Streak rocket
La fusée Britannique Blue Streak exposée au National Space Centre à Leiceister en Grande-Bretagne. Credit photo: sciencephoto.com

 

Mais qu’est-ce le projet Europa ?

 

a4d35084c29f072f479c156f729aa54a
Le lanceur Europa qui décolle depuis la base de lancement de Woomera en Australie. Credit photo: Pinterest.

 

Et bien le projet Europa était le premier projet de lanceur (fusée) européen. Europa 1 a été développée par l’ELDO (Centre Européen pour la construction de lanceurs d’engins spatiaux – qui deviendra l’agence spatiale européenne) dans les années 1960. Le but de ce projet était de ne plus dépendre des grandes agences spatiales Américaines (NASA) ou Russes (ROSCOSMOS) pour pouvoir envoyer des satellites ou d’autres charges utiles. —Le but était de réutiliser le premier étage du lanceur Britannique « Blue Streak » dont la production avait été arrêtée par le Royaume-Uni en 1960, puis d’ajouter deux autres étages produits par la France et l’Allemagne : pour l’Europa 1, le premier étage britannique Blue Streak, le second français, « Coralie » et le troisième Allemand, Astris.— D’autres pays participèrent autrement. L’Italie fournissait des satellites expérimentaux. La Belgique et les Pays-Bas ont conçu une station de guidage radio et une station de télémétrie.  Même l’Australie (oui mais ils ne sont pas en Europe eux ?) a aidé également au projet Europa en fournissant leurs installations de lancement à Woomera. Les tests des deux premiers étages furent effectués (surnommés fusée Cora) par les Français au Centre Interarmées d’essais d’engins spatiaux à Colomb-Béchar en Algérie Française puis à Biscarosse dans le sud de la France.

 

big_artfichier_714288_1678702_201301184330920
Voici un « plan » des variantes étudiées de l’Europa 2 et de l’Europa 3. Credit image: aventure-des-fusees-europa.blog4ever.com

 

 

coralie2
Ici, le deuxième étage de la fusée Europa, « Coralie », exposé à la Cité de l’Espace à Toulouse. Credit photo: HoustonWeHaveAProblem.fr

 

Mais après 10 lancements, le projet Europa 1 s’est arrêté car le lanceur n’avait pas les capacités pour envoyer des satellites en orbite géostationnaire et il n’avait pas de mission d’application. C’est seulement quelques temps plus tard que le CECLES démarre un projet pour un nouveau lanceur, le lanceur Europa 2, financé par la France et l’Allemagne. Cette fusée dotée d’une capacité de mise en orbite de 150kg aurait pu envoyer des satellites en orbite géostationnaire mais elle échoue dès son premier vol depuis le Centre Spatial de Kourou en Guyane en novembre 1971. Cet échec est dû à un dysfonctionnement de la centrale à inertie liée à l’accumulation d’électricité statique à cause des frottements dus à des écoulements d’air sur la coiffe. A cause de ce dysfonctionnement, le moteur du premier étage s’est arrêté et une réaction en chaîne a suivi provoquant l’explosion du premier étage et une retombée des restes des autres étages dans l’Atlantique. Cet échec mettra un terme au projet Europa 2. Dans les années 1970, un éventuel projet Europa 3 était en cours d’élaboration mais après 3 ans de recherche, il est aussi abandonné, mais une partie de l’Europa 3 est gardée pour le premier étage d’un futur lanceur nommé « Ariane ». En 1975, le CECLES et le CERS (Conseil Européen en Recherche Spatiale) fusionnent pour devenir l’Agence Spatiale Européenne.

 

La mise en place du projet Ariane.

 

p307_0660dddbf9c1c70a9ec7e8d54b46345a1
Premier lancement de l’Ariane 1, le 24 décembre 1979. Credit photo: CNES/ESA.

 

Après les échecs du programme Europa, la France souhaite continuer de développer un lanceur en s’inspirant du petit lanceur Diamant qui a su faire ses preuves, pour créer le L3S (lanceur de 3ème génération de substitution) qui sera conçu pour envoyer près de 750kg de charge utile en orbite géostationnaire depuis le centre spatial Guyanais de Kourou. La partie technique sera gérée par le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales ou Centre Spatial Français) et la Grande Bretagne sera de retour dans la course grâce à la technologie Ferranti qui fut très efficace lors des missions Blue Streak et Europa. C’est après de longues négociations entre les différents pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni (voulant eux aussi concrétiser leur propre projets nationaux comme le développement du laboratoire Spacelab pour les futures Navettes Spatiales Américaines pour les Allemands ou le financement du satellite maritime MAROTS pour les Britanniques) que le projet voit lieu en 1973. C’est en Juillet 1973, que des accords sont parvenus à Bruxelles pour le financement des projets précédents (Allemands et Britanniques) et également du financement du projet Ariane. Pour le financement d’Ariane, 60% du budget doit être pris en charge par la France et également les frais de dépassement de budget. Pour la conception et le développement, ce seront des filiales françaises comme le CNES et l’Aérospatiale (qui est devenue Airbus aujourd’hui avec d’autres entreprises) qui seront choisies. En tout le projet Ariane coûtera près de 2,063 milliards de francs ou 412 494 203,98 Euros (et oui c’est précis !).

Bien avant de trouver le nom « Ariane » au lanceur, un appel à idées a été lancé par le CNES pour trouver un nom au futur lanceur européen : plusieurs furent retenus comme La Lyre, Le Cygne, Vega… Mais c’est finalement le ministre du gouvernement de l’époque, Jean Charbonnel qui choisira le nom d’Ariane parmi la liste proposée par le directeur général du CNES de l’époque, Michel Bignier.

La filiale Arianespace (société qui sera chargée de la commercialisation et de l’exploitation des systèmes de lancements spatiaux comprenant Ariane mais aussi le futur lanceur Vega…) sera créée le 16 Mars 1980. C’est le début de l’ère de la grande famille de lanceurs Ariane…

 

 

Merci d’avoir lu cet article :).On se retrouve prochainement avec la partie 2 qui parlera de la suite de l’aventure Ariane, avec la première fusée de la lignée, Ariane 1 et ainsi jusqu’à l’Ariane 4. Stay tuned 😉

 

Sources:


 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s